Tout comprendre sur la réorganisation de la collecte des déchets à Marseille.

Une communication de la Métropole floue et des poubelles qui débordent. Fréquence, jours, rythme : la nouvelle organisation de collecte présentée mardi prévoit moins de tournées pour plus d'efficacité promise.

Dans le 13e arrondissement, boulevard de la Coopération, Michel sort sa poubelle de chez lui comme tous les lundis. “On sait jamais quand ils vont passer en ce moment alors je sors la poubelle tous les jours au cas où”, soupire-t-il. “Je comprends pas, Il n’y a pas de grève ! Il n’y a pas de raisons pour que les éboueurs ne ramassent pas ma poubelle”. En vain, le soir, Michel laisse sa poubelle encore pleine à ras bord sur la rue. “Je pense que le fait de ne pas communiquer quand passeront les poubelles c’est terrible. Du coup, on les sort tous les jours et tout le temps. A cause de ça je ne peux même plus sortir de chez moi” s'énerve Michel. 

Un nouveau rythme

Depuis le 11 mars, les 9e,10e,11e,et 12e arrondissements subissent un chamboulement dans le calendrier du ramassage des ordures ménagères (les poubelles noires), qui ne peuvent ni être recyclées, ni valorisées. Insidieusement, sans clarté, la Métropole, qui s’occupe du ramassage des ordures, met progressivement en place un nouveau rythme des collectes des quartiers en dehors du centre-ville. 

Des changements justifiés pour la Métropole par une baisse de la quantité des déchets dans les camions. “On a observé une baisse de 40 kg de production de déchets ménagers par habitant entre 2021 et 2022”, explique Roland Mouren, vice-président de la Métropole à la valorisation des déchets en conférence de presse ce mardi. “On a des camions qui, quand ils ont fini leur tournée, sont à 10% du volume de la capacité du camion. On ne peut pas se permettre de les laisser tourner pour faire du vide. On a besoin d’optimiser”, continue-t-il. Une autre justification serait la réorganisation des tournées sur les zones en tension et une fusion avec les équipes dédiées au recyclage.

“On ne s’est pas levé un matin en disant : on change tout ! C’est un choix qui correspond à une évolution des modes de tri, avec notamment les bacs de biodéchets qui permettent de jeter ses restes de repas. Cette démarche va dans le sens d’une traduction de 15% des ordures ménagères d’ici 2030, comme le veut la loi. Ça implique de travailler avec tous les acteurs de la Ville”, martèle le maire de Châteauneuf-les-Martigues. 

Qu'est-ce qui change et où ? 

Les arrondissements du 1er au 8e, qui sont des zones denses et où deux fois plus de déchets qu’ailleurs sont ramassés selon la Métropole, ne sont pas concernés. Pour les 9e-10e et les 11e-12e arrondissements, le nouveau dispositif est déjà en place. Cela fait une semaine que le ramassage serait fait deux fois par semaine pour les maisons individuelles contre presque quotidiennement avant. Les lundis et vendredis ou mercredis et samedis. Pour les ordures ménagères (la poubelle noire), le ramassage est fait quatre jours par semaine pour les habitats collectifs, les lundis, mercredis, vendredis et samedis. Pour les noyaux villageois, c’est six fois par semaine qu’il sera fait. 

Depuis hier, une carte intéractive est en ligne sur le site de la Métropole pour connaître les jours de passage en rentrant votre numéro d’habitation et le nom de la rue. En plus du changement de calendrier, la collecte ne se fait plus de nuit mais de jour, de 5h à 11h du matin. 

A partir du 1er avril, les 13e,14e,15e,16e arrondissements, devraient suivre la nouvelle cadence. Avec un retard pour le 13e arrondissement qui devrait être concerné en début juin. “C’est un gros travail que l’on préfère remettre à plus tard pour préparer une communication spécifique sur ces changements”, expose Jean-Yves Sayag, conseiller métropolitain délégué à la propreté, à l’Hygiène et aux décharges sauvages. Une décision perçue de façon sceptique par ce directeur d’établissement scolaire dans le 13e, Boulevard Barry. “On n’est pas prêt pour un changement pareil. On ne se sent pas écouté. C’est à la limite de la démagogie que de croire qu'à Marseille, on puisse mettre en place un dispositif pareil. On nous manipule alors que notre ville est déjà pourrie”. 

Également, pour les 15 et 16e arrondissements, qui se jonchent de plus en plus d’ordures, ils devraient expérimenter un nouvel opérateur. Nicollin prend la place de Derichebourg. 

Pourquoi ça bloque ? 

Pour les habitants des secteurs concernés, le manque de communication est le point central du problème. “On ne voit rien dans les journaux, la télé ou la radio. S'exaspère Philippe, gérant d’un restaurant dans le 15e arrondissement. On doit aller chercher l’info sur les réseaux alors que c’est basique de savoir quand passent nos poubelles”, montrant du doigt un monticule d'ordures débordant sur la voie de bus. 

Un manque de communication assumé par la Métropole. “On a eu peut-être un manque de communication. Mais aujourd’hui, on a braqué le volant de l’autre côté. Mailing, plus de 100 000 prospectus, communication sur les réseaux sociaux, mais aussi envoie de SMS. On prend vraiment la direction de la communication pour informer les Marseillaises et les Marseillais mais aussi les Métropolitains”, énonce Jean-Yves Sayag. “Pour ceux qui n’ont pas encore accès à la carte, sur le site, des stickers seront collés sur les poubelles avec les jours de collecte”, ajoute le conseiller métropolitain.

Pour Sylvain Souvestre, maire LR des 11e et 12e arrondissements, la Ville doit prendre le problème “à bras le corps”. “Il faut arrêter de politiser la propreté à Marseille. La Métropole joue le jeu jusqu’au bout, c'est maintenant à la Ville de faire son travail. L'incivisme c’est ce qui rend notre belle ville sale” fustige-t-il. “On doit dépasser les divergences et travailler ensemble et je suis persuadé que ce nouveau mode d’organisation apportera des changements importants. En tout cas, si on ne fait rien c’est sûr que rien ne va changer”. 

Le syndicat Force Ouvrière craint une dégradation des conditions de travail des agents soumis à un bouleversement de rythme de vie suite à cette annonce. Des réticences écartées par Roland Mouren qui assure qu’il y aura “du travail pour tout le monde”. Surtout dans les jours qui arrivent au vu du retard.  

 

Nathan Sperling

Crédit Photo : RadioFrance.